Céréales : il fallait rester très sobre sur le premier apport d’azote cette année !

13 avril 2018

Des reliquats azotés faibles à moyens sur des céréales malmenées par les excès d’eau puis le gel militaient pour un premier apport d’azote très modéré, selon Jean-Charles DESWARTE d’ARVALIS – Institut du végétal. On fractionnera l’apport principal autour du stade « épi 1 cm » et on reviendra courant/fin montaison.

Des reliquats azotés moyens à faibles

Compte-tenu des cumuls de pluie importants au cours de l’hiver, une partie de l’azote minéral du sol a pu être entraînée au-delà de la zone explorée par les racines. Les premiers retours de mesures de reliquats azotés indiquaient des valeurs faibles à moyennes, par rapport aux valeurs pluriannuelles.
Le soufre est également sujet à entraînement suite à des cumuls de précipitation importants. Les secteurs à fortes pertes de reliquats azotés sont donc également éligibles à une fertilisation azotée soufrée.

 

Une absorption d’azote parfois pénalisée par l’excès d’eau et le gel

Malgré un cumul de températures depuis le semis plutôt élevé, la croissance des cultures a été freinée par l’excès d’eau et le manque de rayonnement, frein d’autant plus fort que les parcelles ont été semées tardivement.

Le gel a également causé une défoliation partielle des cultures. On risque donc d’observer localement des niveaux d’absorption d’azote par les céréales d’hiver moyens à faibles en cette sortie d’hiver, avec des effets de milieu (sol, drainage) et de pratiques (date de semis) importants.

Une culture bien développée en sortie d’hiver peut aisément avoir absorbé 40 à 60 unités d’azote à l’hectare si le stade est avancé et la biomasse forte. A l’inverse, une céréale chétive (semée tard ou carencée en azote par l’hydromorphie) peut, à la même date, n’avoir absorbé que 10 à 20 unités d’azote à l’hectare.

Evidemment, le potentiel de rendement n’est que faiblement corrélé à l’état de la culture à la sortie d’hiver. Le climat à venir et les propriétés du sol conditionneront fortement l’évolution des cultures.

En conséquence, des objectifs de rendement inchangés combinés à des reliquats azotés faibles et à une absorption réduites d’azote par les cultures vont conduire à des doses d’azote conseillées a priori (dose X) élevées, qu’il va falloir fractionner et piloter au mieux.

 

Une dynamique de croissance freinée par des températures froides

Les vagues de froid de février 2018 ont ralenti très fortement la croissance et le développement des cultures. Les dates d’apparition du stade « épi à 1 cm » sont ainsi être assez conformes, voire tardives.

Par ailleurs, les sols humides et froids combinés à des plantes parfois encore stressées vont conduire à des croissances des cultures faibles. Corolaire de ces croissances réduites, les besoins instantanés en azote vont également être faibles.

épandage d’engrais X50+ ECONOV

Vers des doses totales plutôt élevées, en 4 apports

La combinaison de reliquats faibles et d’enracinements malmenés par les excès d’eau risque de rendre l’absorption de quantités suffisantes d’azote du sol difficile, voire impossible. Il est donc indispensable de pallier ce manque par des apports d’engrais minéraux en surface. Encore faut-il rappeler que la valorisation de tels apports de sortie d’hiver est médiocre, surtout lorsque les plantes ont une croissance instantanée faible. Cela militait donc en faveur de premiers apports très modérés, à renouveler le cas échéant dès que les conditions climatiques stimuleront fortement la croissance des plantes.

On s’oriente donc préférentiellement en 2018 vers des stratégies de fractionnement en 4 apports :
– Un premier apport N1 très modéré dès que la portance du sol le permet, d’autant plus que l’arrivée d’une vague de froid pourrait entrainer des destructions partielles ou totales de cultures.
– Des apports fractionnés N2 et N2’ qui permettent d’accompagner la fin du tallage et le début de la montaison, plutôt qu’un apport unique massif autour du stade épi 1 cm et soumis à l’aléa climatique
– Un apport « tardif » N3 courant/fin montaison pour ajuster la nutrition azotée sur la base de l’absorption antérieure et du potentiel de rendement.

La grande disparité des parcelles, en fonction notamment des conséquences des excès d’eau et du gel, va de plus nécessiter de piloter la fertilisation parcelle par parcelle, et une stratégie avec modulation par GPS va permettre de bien prendre en compte les disparités intra-parcellaires.

Jalon Magazine

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